#MondoCorrespondance : « J’ai du mal à espérer »

CP: Pixabay

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Note de l’équipe de Mondoblog : #MondoCorrespondance est un échange de lettres entre Mondoblogueurs de différents pays, sous forme de billets, lancé par Ritzamarum Zétrenne

 

Salut mon amie,

Je ne peux malencontreusement pas répéter la formule rituelle « je suis heureux de t’écrire cette lettre » en m’adressant à toi aujourd’hui. Pour te dire vrai, je n’ai que peine et désolation devant mon ordinateur en t’adressant cette correspondance. C’est l’état d’esprit naturel de tous les jeunes de mon pays à chaque fois qu’ils commencent à parler d’Haïti.

Hier, le 17 octobre, c’était la  commémoration du 211ème anniversaire de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, le fondateur de la patrie. Aucun doute qu’on t’a probablement appris que c’est Toussaint Louverture le héros qui nous a libérés de l’esclavage. Je ne sais pour quelle raison l’histoire occidentale a toujours tenté d’hachurer le nom de Dessalines comme le père de la révolution haïtienne de 1804. Mais c’est bien lui le héros de la Crête-à-Pierrot qui a mis fin au système esclavagiste à Saint-Domingue (ancien nom de la partie française de l’ile d’Haïti, actuelle république d’Haïti.) Toussaint Louverture n’en est que le précurseur. Bref.

Au moment où le président de la république commémore l’assassinat honteux de Jean-Jacques Dessalines, des milliers d’haïtiens ont gagné les rues ce 17 octobre 2017. Les premières décisions du président de la république n’ont pas manqué de faire des bouderies. Le 17 octobre est un jour symbolique pour les manifestants. C’est le jour de la mort d’un héros. Celui qui a voulu éliminer toutes formes d’inégalités entre les haïtiens.  Dieu sait combien il a échoué. A l’heure qu’il est, son âme ne se repose forcément pas en paix.

Deux-cents-onze ans après la mort de Dessalines, les luttes pour le pouvoir continuent de fragiliser l’existence des haïtiens. Le pouvoir est devenu une sorte de gâteau dont chacun veut trouver la meilleure tranche. Pendant ce temps, le peuple souffre quasiment privé de tous les services sociaux de base.

« … un pays où il est plus facile de mourir de faim que de trouver une raison de sourire »

Nous sommes dans un pays où il est plus facile de mourir de faim que de trouver une raison de sourire. Dans ce pays, la majorité de la population vit sous le seuil de la pauvreté. C’est insolite mais, le pays dont je te parle fait partie des pays au monde où la nourriture quotidienne coûte le plus cher.

Mon amie, j’ignore comment ça se passe dans ton pays, mais chez moi les jeunes ont peur du lendemain. On vit dans l’incertitude que la situation du pays puisse s’améliorer. La société nous demande de faire des études, mais ma sœur, elle nous rejette après avec nos diplômes. Nos cerveaux fuient le pays à cause de cela. Chômage, insécurité…beaucoup de jeunes veulent aller loin de ce pays même si au fond d’eux, ils aiment leur patrie. Ils sont plusieurs dizaines de milliers d’haïtiens à avoir quitté le pays pour se rendre au Chili  ces deux dernières années. Ceux qui sont partis pour le Brésil, les États-Unis et le Canada ne sont pas moins nombreux. Nous n’avons pourtant pas un pays en guerre. Les gens partent parce qu’ils ont du mal à espérer un avenir meilleur ici.

Sais-tu qu’il m’arrive à moi aussi de perdre tout espoir d’un lendemain meilleur ? Chère amie, les politiciens nous ont tout pris ici. Nous avons quasiment tout perdu, mêmes nos illusions. Nous vivons sans un minimum d’espoir. Nous avons tous du mal à espérer.

Je te raconterai la suite dans une prochaine correspondance. Je m’arrête ici pour aujourd’hui. Je suis sûr que tu as plein de choses à me raconter sur ton pays. J’ai hâte de te lire.

Salut !

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