#MondoCorrespondance : Covid-19 et anxiété en Haïti

Article : #MondoCorrespondance : Covid-19 et anxiété en Haïti
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21 mars 2020

#MondoCorrespondance : Covid-19 et anxiété en Haïti

J’adresse cette #MondoCorrespondance à mes ami.e.s de l’Afrique qui ont accepté de donner vie à cette initiative. Elle s’adresse à Amos Traore du Burkina Faso, Valentine Nahata Balama du Cameroun, à Tiasy du Madagascar (pour la résurrection de nos échanges), à Lucrèce Gandigbe du Sénégal (Je le fais enfin. Rire !), à  Christian Elongue qui a décidé récemment de participer avec nous. Au plaisir de lire vos billets-réponses sous peu !

Cordiales salutations mes frères et sœurs !

C’est un plaisir de pouvoir échanger avec vous à travers cette #MondoCorrespondance. Grand merci d’avoir accepté de participer à cette initiative. Malheureusement, il nous faut parler d’une pandémie qui a déjà touché plus de 200 000 personnes et en a tué pas moins de 11 000 à travers une centaine de pays.

J’aurais préféré vous parler des perles de mon pays : de nos plages paradisiaques, nos fêtes traditionnelles, nos modes de vie, notre art et notre culture ô combien riche ! J’aurais préféré vous parler de rara et de carnaval… J’aurais tellement préféré vous parler de notre histoire dont nous sommes si fier.e.s. Mais le malheur veut que nous parlions du Covid-19 et de sa rage contre la race humaine.

Mes frères et sœurs, au moment où je vous écris cette #MondoCorrespondance, Haïti a déjà enregistré deux cas de Covid-19. Mais la panique n’en est pas moins grande chez nous. La République dominicaine, pays avec lequel nous partageons l’île d’Haïti, a déjà enregistré une trentaine de cas. Point besoin de vous dire à quel point nous nous inquiétons ici. Les mesures annoncées par les autorités locales n’arrivent guère à nous rassurer. Vous connaissez probablement ces modèles de dirigeant.e.s marqués d’un cynisme hors du commun qui sont prêt.e.s à dire n’importe quoi pour se voiler la face.

En réalité, ce qui nous inquiète ici, c’est surtout notre incapacité à faire face à une maladie d’une telle contagiosité. Notre génération vit un moment inédit. La maladie nous impose un individualisme qui nous fait penser à une sorte d’État de nature où l’autre serait une menace pour soi-même et vice-versa. C’est la peur généralisée, chez moi.

Les médias et les journalistes essaient de jouer leur rôle en sensibilisant la population sur la question. Mais ce n’est pas tant la sensibilisation qui peut aider à affronter une telle maladie, dans un pays où une grande partie ne sait ni lire ni écrire et croit que la providence les épargnera coûte que coûte. Même dans les pays où quasiment toute la population est éduquée, l’on voit comment des gens refusent de respecter les consignes des autorités, mettant ainsi en péril leur vie et celle de leurs proches. Ici, mes frères, les gens vous disent qu’ils.elles ont déjà les moyens de contrecarrer la maladie. Et ils.elles inventent tout pour justifier leur incrédulité. Et d’ailleurs, cette forme d’évasion est peut-être leur unique moyen de ne pas sombrer dans la dépression, car le pays n’a pas d’armes pour faire face au Covid-19.

Selon l’Évaluation des prestations des services de soins de santé (EPSSS-II, 2017-2018), rapporté par Le Nouvelliste, le pays ne dispose que de 3 354 médecins pour desservir l’ensemble de la population. Au total, les institutions sanitaires du pays mettent au service de la population un total de 19 195 prestataires, avec notamment 8 202 infirmier.e.s. Nous sommes plus de 11 millions d’Haïtien.ne.s.

1 007 établissements de santé fonctionnent dans le pays avec 32 lits d’hospitalisation en moyenne. Selon ce même rapport, le Réseau national de surveillance épidémiologique (RNSE) est constitué de 631 établissements de soins de santé. Le journal Le Nouvelliste a rapporté un sondage mené par l’hôpital St-Luc et le Maryland Medical Center dans 39 hôpitaux haïtiens de plus de six lits. Selon ce sondage, seulement 15 hôpitaux disposent d’une unité de soins intensifs pour un total de 90 lits. Seulement 30 lits sont disponibles 24 heures sur 24 en Haïti pour des soins intensifs, au niveau de cinq hôpitaux dans le pays dont trois sont à Port-au-Prince.

Mais pire, mêmes les professionnel.le.s de la santé du pays ont peur du virus. Mais que voulez-vous quand ils.elles travaillent au quotidien dans des conditions déplorables ? Comment voulez-vous qu’ils.elles partent en guerre sans munitions contre un ennemi féroce ? C’est pourquoi certains ont lancé une alerte en vue d’attirer l’attention du monde entier sur leur situation.

C’est dire que notre capacité de réponse à cette pandémie est quasiment nulle. Notre seule carte serait donc de contenir la propagation du virus. Mais pour cela, il faudrait que les autorités soient capables de contrôler les entrées et les sorties sur le territoire national, mais aussi les va-et-vient de la population.  À ce niveau, le constat est amer. Les gens ne se montrent pas prêt.e.s à rester chez eux. Le couvre-feu déclaré par les autorités n’est pas respecté. Le transport en commun, facteur important de propagation du virus, continue de fonctionner normalement. Les gens refusent de tourner le dos à leurs habitudes.

Ici, mes ami.e.s, plus que le coronavirus, c’est en fait la corruption et l’impunité des politiques qui enfoncent le pays dans une précarité sans pareille qui menacent de nous tuer. J’ai envie d’espérer que nous réussirons à stopper le Covid-19, nous qui avons défini un nouvel ordre mondial en mettant fin à l’esclavage. Mais quand on pense à nos modèles de dirigeant.e.s, tout espoir s’évapore. La situation est sombre mes ami.e.s.

Je vous laisse ici avec l’espoir de vous lire sous peu. Soyez fort.e.s face à la pandémie ! Soyez prudent.e.s ! Et respectez les consignes.

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Commentaires

Christian ELONGUE
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Bonsoir Zetrenne.
Comme tu l'as si bien indiqué, cela aurait été bien de découvir les beautés d'Haiti au travers de ces correspondances, mais l'actualité du corona fait qu'on ne peut s'en écarter.

En effet, la majorité des système de santé des pays du Sud et même du Nord, ne parviennent point à contenir la propagation de ce virus. Cela montre, non seulement le faible intérêt que nous gouvernement accordent à la recherche scientifique et à l'innovation. Au Cameroun par exemple, c'est seulement 1% du PIB qui est dédié au Ministère de la recherche scientifique... J'imagine le scénario n'est point trop différent à Haiti.

Par ailleurs, le Corona vient ramener un peu d'humanisme et de solidarité dans ce monde agité et en perpétuel compétition. Cela rend l'Homme humble et conscient de sa faiblesse, de son éphémérité et nous rappelle qu'il existe un Dieu qui est suprême et au dessus de tout.

J'ai également rédigé un billet qui présente 10 potentiels avantages du corona virus et je t'invite à le découvrir :) : https://lafropolitain.mondoblog.org/2020/03/21/vive-le-corona-ses-10-avantages-pour-lhumanite/

Nahata Balama Valentine
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Merci mon cher ami... Je suis heureuse de te lire malgré la situation préoccupante qui sévit a travers tout le globe...a très bientôt et pendant ce temps restons vigilants et respectons les consignes...