Lettre à Catherine Flon, la femme qui a cousu le drapeau haïtien

Le premier drapeau haïtien

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Bonjour Catherine Flon! Comment tu vas? Pardonne-moi le tutoiement. J’ai pris l’habitude depuis quelques temps de ne plus vouvoyer les gens. On dit que c’est une marque de respect, mais moi j’y vois une manière de prendre​ ses distances à une personne. J’aime​ trop me rapprocher des gens. Des gens comme toi encore plus. Bref!

Dis-moi Catherine, toi qui es belle-fille de la femme de Dessalines, tu dois probablement habiter le même bout de l’au-delà que ces gens. Comment va le père de l’indépendance haïtienne ? A-t-il le même caractère? A-t-il encore la même haine contre l’oppression ? Chérit-il encore la liberté?

Et toi donc à qui il a été donné de coudre le premier drapeau haïtien ? Comment tu te sens aujourd’hui ?
Je parie que tu pleures maintenant. Je sais que tes larmes coulent comme un torrent aujourd’hui. Et ça n’a pas commencé hier. Mais les pleurs qui sortent de tes entrailles sont plus déchirants aujourd’hui. Ils sont créés par les tiens. Ceux-là à qui tu as laissé un drapeau en héritage. Oui, c’est plus dur que lorsque les Allemands l’ont fait ou n’importe quelle autre nation.

Aujourd’hui Catherine, notre peuple n’a plus aucun respect pour le drapeau. Et d’ailleurs , à quoi servent quelques bouts d’étoffe ?? Ils ont peut-être oublié que ce drapeau symbolise l’union des Noirs et des Mulatres pour l’indépendance. Les écoles s’en foutent. La police. Les institutions publiques. En fait, tout le monde .

Le Bicolore !!! C’est bien joli, mais…
Il est passé le temps où l’on se sentait fier de son pays, fier de son drapeau. Mais qu’est-ce qu’on reste de bon?? Nos prouesses du passé. Rires ! Quand on veut parler de fierté ici Catherine, c’est de toi qu’on parle encore. Toi et ceux comme toi qui ont participé à la construction de cette nation.

Ah oui très chère, on ne cesse de conter aux enfants qu’une femme au nom de Catherine Flon a cousu le drapeau au bourg de l’Arcahaie. On te représente comme une belle mulâtresse​ aux cheveux longs.

Je n’ai pas à te mentir Cathe. Je ne veux pas non plus te réconforter. Je n’ai pas de réconfort. Tu as raison de pleurer. Pleure tes remords. Pleure ta déception. Pleure ton travail galvaudé. Pleure ton courage gaspillé. Pleure ton drapeau désacralisé. Pleure Catherine Flon. J’aurais tellement aimé vivre la même époque que toi et mourir au côté de gens comme toi. Je n’aurais pas connu ceux que j’appelle des polis p’tits chiens (politiciens) sans scrupule qui puent la pudeur ici. Franchement Catherine!

Je t’encourage de pleurer. L’au-delà doit être bien sombre. Y a-t-il des rues et de grands boulevards là-bas ? Y a-t-il des gares routières et des aéroports où l’on peut croiser au hasard un ami de toujours ? S’il est possible de rencontrer les pères fondateurs de la nation, encourage-les, je t’en prie, à pleurer aussi. Peut-être que leurs pleurs peuvent servir d’engrais à nos sols et améliorer les choses ici.

À bientôt Catherine ! Donne le bonjour à Dessalines et à tous les frères et pères !! Dis leur qu’ils ont échoué !! Nos dirigeants ont tout galvaudé.

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