Haïti/Port-au-Prince: La Saline, les précarités d’un ghetto

La Saline. Ce bidonville que l’on appelle un ghetto, quand on y entre, présente un tableau sombre, fait de toutes les couleurs de la précarité.

11 heures du matin. Le soleil semble avoir peur de fouler fort le sol de cette zone. Dans tout le bloc, les déchets s’installent en maître. Ici les mouches se promènent dans les rues au même titre que les gens. D’ailleurs, les piles de déchets sont pour quelques-unes des « fosses » où les « emboîtés » remplis de matières fécales sont jetées. À peine rentré à La Saline, les précarités de cette zone frappent même à l’oeil le moins attentif.

Jacob (nom d’emprunt), un petit garçon âgé de 11 ans, essaie de trouver la meilleure façon de s’amuser au carrefour « Labatwa », au coeur même de La Saline. Pieds nus, le petit bonhomme semble porter de la tête aux pieds toutes les marques de précarité de sa zone. Vêtements déchirés et complètement sales, le petit raconte pourquoi il n’est pas à l’école quand on l’a rencontré.

« Bòs mwen, se kòb manman m pa genyen wi pou achte inifòm pou mwen » (Mon patron, c’est que ma mère n’a pas assez d’argent pour acheter pour moi mon uniforme). Jacob n’a pas tourné autour du pot avant de se confier à nous. À 11 ans, il est seulement en 3e année fondamentale, raconte-t-il. Il a dû abandonner l’école à cause du manque de moyens économiques de sa mère. « Et pourtant, mon école est gratuite. Mais ma mère n’est pas en mesure d’acheter l’uniforme pour moi et des fournitures classiques », avoue le petit, noyé dans le regret de ne plus pouvoir prendre le chemin de l’école.

Education des enfants: un problème majeur

Beaucoup d’autres enfants de la zone vivent cette même réalité. Selon des habitants rencontrés à La Saline, le lundi 20 février 2017, l’éducation des enfants constitue l’un des problèmes majeurs de cette zone. « Nous avons plusieurs écoles qui ont été abattues par le tremblement de terre. Mais on n’en a réparé aucune. Au contraire, on transfère l’une d’entre elles à Delmas  (commune qui avoisine la capitale) », a informé un habitant de La Saline.

Les déchets constituent un autre grand problème auquel est confrontée la population de La Saline. Ce qui fait que les moustiques sont très présents dans cette zone. Et pourtant, à en croire les habitants, il n’existe aucun centre de santé à La Saline.

Leur plus grande richesse, disent-ils, est la Croix-des-Bossales. Mais ce grand marché public qui dessert toute la région métropolitaine de Port-au-Prince est un espace très souvent immonde et insécurisé. Insécurité très souvent causée par les habitants de cette zone eux-mêmes, même s’ils ne le voient pas en ces termes. « Nous avons le marché tout près de nous avec beaucoup de nourriture. Quand on a faim ici, on négocie avec les marchands. Ces derniers sont habitués avec nous, ils nous aident sans problème », martèle un jeune qui dit être âgé de 24 ans, mais qui vit de la mendicité au marché de la Croix-des-Bossales.

Les policiers: des bêtes noires

À les entendre, être jeune dans cette zone ne veut pas toujours dire la même chose qu’ailleurs. « Les jeunes hommes sont appelés des bandits. Et nous autres jeunes filles, on nous qualifie méchamment de « madan bandi », confie une jeune femme de La Saline, le visage peint de colère.

Ainsi, avouent-ils, les policiers sont des bêtes noires. Des « jaguars » qu’il faut à tout prix fuir. « Ce n’est pas normal. Dès que nous voyons des policiers se pointer dans la zone, nous sommes obligés de fuir. Sinon, ils vont nous arrêter pour rien, nous accusant de toutes sortes de choses », critique un jeune de La Saline, rencontré le lundi 20 février 2017 précisément à carrefour « Labatwa ». Selon les habitants, les jeunes n’ont rien à faire dans cette zone. Sinon, jouer aux dominos ou s’enivrer de bière.

JKJ, pour passer à l’action

Pour tenter d’apporter des solutions à certains problèmes de leur zone et améliorer son image, certains jeunes essaient de se regrouper au sein de la fondation « Jèn Kore Jèn (Jeunes en soutien aux jeunes)» (JKJ). Leur plus grand acquis. Ils croient qu’avec cette association, ils peuvent apporter un changement à La Saline. D’ailleurs, ils préparent déjà une caravane pour assainir la zone en dépit de leur maigre moyen. « La mairie oublie cette zone. C’est à nous de la changer », avoue l’un des responsables de cette association.

Les précarités de La Saline sont nombreuses et grandes. Selon les habitants de cette zone, les politiciens en profitent très souvent pour se servir d’eux. Après leur élection, disent-ils, ces politiciens montent au créneau pour qualifier leur zone de « non-droit ». Ce qu’ils dénoncent haut et fort. « Nous sommes plus avisés maintenant. Ils ne pourront plus nous utiliser », lance l’un d’entre eux.

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