Haïti: ces gens qui ne vivent plus depuis le 12 janvier 2010

Vue partielle du Camp de la rue Gabart, à Delmas 41, au nord de Port-au-Prince Crédit: Ritzamarum Zétrenne

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Sept années après le tremblement de terre de janvier 2010, beaucoup de gens sont restés dans la crasse. Ayant perdu proches et biens sous les secousses telluriques, ces gens vivent dans des conditions exécrables attendant encore une intervention des autorités concernées. Nous sommes allés rencontrer quelques personnes dans un camp à Delmas 41(Une commune située au Nord de Port-au-Prince).

Le petit camp de déplacés de Delmas 41, à la rue Gabart, abandonné depuis sa genèse en 2010, n’est pourtant pas difficile à se faire voir. Entre ce camp à l’existence insolite et la Mairie de Delmas, il n’y a que quelques mètres. La distance est si réduite que le premier cri surgissant au milieu de ces sans-abris peut réveiller même d’un sommeil de plomb quiconque se trouverait à l’intérieur de la Mairie.

Aucune assistance depuis 2010

Cependant, après sept années, les 200 familles qui habitent ce coin immonde et insalubre n’ont jamais reçu la moindre assistance des autorités. Des organisations non gouvernementales ont seulement fait le recensement sur le camp donnant une petite carte à chaque famille avec l’espoir de les apporter mains fortes dans leurs déboires.

Mais, ils n’ont rien reçu. Sauf, informent-ils, des latrines qu’une ONG a fait construire sur le camp. Mais aujourd’hui, toutes ces latrines sont impraticables n’ayant jamais été entretenues. Les tentes de bâche et de vieilles tôles pourries pullulent ce petit camp au point qu’y circuler est un casse-tête.

Après sept ans, les prélarts sont tous délabrés et troués. Ce sont encore des logements de fortune qui abritent ces familles à Delmas 41. Leurs petites habitations misérables souffrent autant qu’elles les font souffrir. « Quand il pleut, nous sommes obligés de dormir debout », se plaint une femme rencontrée sur ce camp, honteuse de sa situation lamentable.

Une petite maison de fortune
Crédit: Ritzamarum Zétrenne

À l’intérieur de chaque tente, l’on peut remarquer un lit dont beaucoup sont sans matelas. De vieux tabourets leur servent de chaises. Pour certains, c’est à même le sol qu’il faut s’asseoir sur une roche ou sur des chaussures. Tout se fait à l’intérieur de ces tentes abimées.

Une communauté assoiffée de vie

Ici, selon les informations des habitants, de nombreux enfants, nés dans cet enfer, n’ont jamais pris les chemins de l’école. D’ailleurs, les parents n’ont aucun moyen. « La majorité des femmes ici sont obligés de vendre leur corps à force qu’elles ne trouvent rien à faire. Leur situation est vraiment chaotique », affirme Wolfort Dervil, le jeune homme responsable de ce camp.

Quand nous sommes arrivés, ce lundi 24 juillet 2017, sur ce camp de détresse, les gens que nous avons rencontrés sont plutôt des personnes assoiffées de vie. Au milieu de ces taudis de misère, des enfants cherchent quand même le moyen de sourire. Des jeunes tentent de refouler leurs émois par un joint de marijuana. Les jeunes femmes sont plutôt à l’aise dans leurs pantalons « san fouk ». Puisqu’il fait bon en ce lundi, l’inquiétude n’est pas trop grande. Mais, à chaque fois qu’ils entendent parler de la pluie, informent-ils, ils commencent à souffrir.

Des enfants qui essaient de s’amuser
Crédit: Ritzamarum Zétrenne

Selon Wolfort, le choléra a fait de nombreuses victimes dans cette communauté. Le jeune responsable redoute une éventuelle recrudescence de cette épidémie dans le camp en cette saison cyclonique tant les conditions de vie sont inhumaines. « Alors, nous demandons à l’État de penser à nous. Nous sommes là depuis longtemps. Nous voulons retourner à la vie », demande-t-il d’une voix plaintive et en feu.

Non loin de la Mairie de Delmas, les déplacés du camp de la rue Gabart se considèrent comme des gens privés de vie depuis 2010. Sept années plus tard, ils n’ont qu’une attente : sortir de leur situation crasseuse et revenir à une vie digne d’un être humain. Un droit qu’apparemment les autorités semblent oublier.

Cet article a été publié par l’auteur au journal Le National, le 25 juillet 2017

Sous les tentes depuis le 12 janvier 2010

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